Tout petit, Marci aimait se faire des frayeurs et parmi les 45 tours de ses parents, une curiosité l′intriguait plus que tout : le thème du film « Il était une fois dans l′ouest » composé par Ennio Morricone.
Le vinyle se faisait à peine dévorer par le mange-disque, Marci se complaisait avec délice dans un effroi d′extase. Les pleurs du train fantôme s′approchaient, se noyaient puis revenait, laissant à mesure la crainte naître et se préciser. A chaque silence, il entendait sa tête rouler sur l′argile pourpre, entraînée par le souffle de la rue, puis freinée par les tourbillons de cendre. C′était les promesses de l′horreur qui piaillaient comme l′oiseau du malheur. Derrière la brise, des pas cycliques résonnaient encore lointains aux trois coins de la pièce. Marci ainsi enlacé sentait déjà la peau de son cou frissonner. Il s′était habitué aux vibrations mais les coups d′empreintes étaient toujours plus proches.
Des cordes saturées mettaient fin à l′angoisse, coupant tout espoir. A chaque passage, les tonnerres emplissaient le ciel d′une encre prune. A peine l′orage assourdi, un Marci comblé s′en allait dinguer au fond du couloir, fuyant, amusé, la peur qui lui chatouillait l′échine. Depuis lors, Marci n′a cessé de rechercher cette émotion perdue.