Au collège, Marci faisait de son mieux pour rester attentif aux leçons mais sans cesse, son regard s′échappait par la fenêtre et ses pensées s′accrochaient aux arbres de la cour. Il ne parvenait pas à comprendre et trouvait son salut en vidant le décor de son contenu. Puis un jour, son esprit fut comme sorti d'un mauvais rêve lorsqu′une professeur de français demanda à ses élèves de réaliser une interprétation libre des poèmes de Jacques Prévert. Il s′agissait de les peindre, les jouer, les chanter. Quand Marci qui ne comprenait rien à rien lut pour la première fois : « Où s′en va-t-il tout ce sang répandu ? Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule ? Drôle de soûlographie alors, si sage... si monotone...», il entendit simultanément la voix de John Lennon lui chuchoter à l′oreille : « number 9, number 9... ». Il sut aussitôt que le titre « Revolution 9 » des Beatles serait sa bande son pour accompagner le texte de Prévert. Exalté par de telles perspectives, il ne se contenta pas de dire un seul texte mais en chanta plusieurs sur d′autres compositions des Beatles. Il passa des jours à s′enregistrer. D′un côté le 33 tours donnait le ton, de l′autre la cassette immortalisait l′aventure. Il fallait se placer au bon endroit afin de donner l′illusion d′un seul et même enregistrement. Arrivé en classe, Marci présenta son exposé et ce fut son premier succès, tous les regards qui jusqu′ici feignaient de l′ignorer se cristallisaient soudain sur lui en semblant dire : « Mais qui c′est c′gars là !? ». Il était autant gêné que rempli par cet événement, le professeur consacra le reste des deux heures de cours à étudier le petit phénomène. Quelqu′un lança haut et fort : « Hé, Je crois qu′il joue de la guitare ! Demandez lui de chanter un truc ! » On propulsa Marci debout sur une table de classe et il chanta «Imagine» de John Lennon. Les filles le regardaient enfin.