Réalisé avec trucages
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Marci vivait dans une campagne où s′étendaient des champs à perte de vue. Chaque trajet en voiture pour gagner la ville était pour Marci un vrai calvaire. Rester pendant des heures assis dans la moiteur d′une boîte d′acier atteignait déjà les limites du supportable. Mais Marci devait subir les affronts de son petit frère qui cherchait chaque minute la manière de lui faire perdre patience. Sa mère, de son côté, vociférait à tout va son aigreur. Etirant ainsi la petitesse des motifs du débat, elle prolongeait l′absurde des heures durant jusqu′à l′absolu néant. Mais Marci ne faisait pas seulement l′objet des agressions de son entourage. Le pire était musical : chaque voyage, Marci devait supporter encore les marches solitaires de Goldman, les tapages de bambous de Philippe Lavil et les appels au secours incessants des chanteuses de Bananarama.
Cette fois pourtant, un incident troubla enfin l′indolore berceuse de Goldman. La voix perchée de l′homme d′or s′emballa pour plonger dans des bas fonds sans retour. Une mousseline de rubans aux reflets bleus métal surgit de la gueule de l′autoradio sous le regard amusé de Marci et les cris de panique de sa génitrice. Le poste rendit sa pelote jusqu′au dernier bout, les dernières notes s′étouffèrent peu à peu et laissèrent apparaître un refrain qui fit ouvrir grands les yeux de Marci. « Hey, Mr Tambourine Man. Play a song for me.» Il n′avait jamais entendu chose pareille. L′inconnu offrait son poème à la manière d′un condamné à mort qui lance aux désabusés son dernier souffle. Sous l′écho de ce timbre comme taché de rouille, Marci voyait les plaines de sa région prendre la forme des grands espaces américains. Durant de longues années, Marci emprunta la ligne rocailleuse de son maître. Gravir avec lui la même falaise le rassurait.
Une adolescence plus tard, Marci devint plus narquois face à la voix glaireuse de son mentor. Mais ses mots résonnaient encore dans sa poitrine et sa conviction lui perçait toujours le cœur. Ce chanteur inconnu n′était autre que Bob Dylan.
Puis, à force de traverser les déserts du Grand Canyon, Marci finit par traverser l'Atlantique dans l′autre sens et trouva sa propre voix. Il joua enfin une chanson pour lui.